Le chat du Rabbin

Alger, années 1920. Le rabbin Sfar vit avec sa fille Zlabya, un perroquet bruyant et un chat espiègle qui dévore le perroquet et se met à parler pour ne dire que des mensonges.

Le rabbin veut l'éloigner. Mais le chat, fou amoureux de sa petite maîtresse, est prêt à tout pour rester auprès d'elle... même à faire sa bar-mitsva ! Le rabbin devra enseigner à son chat les rudiments de loi mosaïque ! Une lettre apprend au rabbin que pour garder son poste, il doit se soumettre à une dictée en français. Pour l'aider, son chat commet le sacrilège d'invoquer l'Eternel. Le rabbin réussit mais le chat ne parle plus. On le traite de nouveau comme un animal ordinaire. Son seul ami sera bientôt un peintre russe en quête d'une Jérusalem imaginaire où vivraient des Juifs noirs. Il parvient à convaincre le rabbin, un ancien soldat du Tsar, un chanteur et le chat de faire avec lui la route coloniale...

Avec Le Chat du rabbin, le réalisateur prend pleinement la mesure du genre et de son histoire. Normal, elle est née il y a neuf ans de sa plume et de son crayon, pour une série de bandes dessinées à succès qui n'attendait que son auteur pour une adaptation cinématographique. On est jamais aussi bien servi que par soi-même. C'est surtout une histoire qui arrive à parler d'un sujet imposant avec une légèreté bienvenue. On retrouve rapidement le ton de l'œuvre originale, à l'origine de son succès, un mélange improbable de conte philosophie, d'humour, de poésie et de tolérance. Car alors que ce Chat du Rabbin découvre la parole, il déclenche autour de lui une folle zizanie, religieux scandalisés, imam voyageur, russe pèlerin, ou belge aventureux ne manqueront pas de s'y frotter. Les dialogues sont plaisants, tour à tour fins, drôles, et toujours très simples. Le tour de force qu'est l'adaptation de plusieurs tomes de bande-dessinée pour aboutir à un long-métrage est alors encore plus impressionnant. En effet, le récit ne donne jamais le sentiment d'avoir été pressé comme un citron et avance sans à coups, ni rebondissements artificiels. Tout au plus note-t-on dans la dernière partie que Sfar a quelques difficultés à conclure, mais peut-être n'a-t-il pas envie de nous quitter.

Le Chat du rabbin se permet même une séquence euphorisante et hilarante avec Tintin et Milou en guests de luxe.

Joann Sfar et le coréalisateur Antoine Delesvaux, très à l'aise pour dédramatiser leur sujet par le rire, n'hésitent cependant pas à montrer crûment la violence du fanatisme religieux et la quête illusoire d'une prairie plus verte ailleurs. A force de multiplier les personnages, ils loupent quelquefois l'essentiel. Mais leur film est suffisamment pertinent et drôle pour que l'on savoure cette ode à la compréhension et au respect de l'autre.

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