Fonds documentaires Critiques littéraires Quand les états torturent, de l’Antiquité à nos jours

Quand les états torturent, de l’Antiquité à nos jours

 

DESMARETZ Gérard

Quand les états torturent, de l’Antiquité à nos jours (227 p)

Editions Jourdan, 2017.

 


Résumé :

L’auteur entre dans le détail d’une pratique malheureusement trop répandue, autant dans le temps que dans l’espace, puisqu’il apparait, ce que nous savons déjà mais qu’il est bon de rappeler, que dans tous les pays et dans toutes les périodes de l’histoire, la torture a été et est encore appliquée.

21 chapitres structurent un texte qu’on devine difficile à écrire : l’auteur évite de tomber dans le sensationnalisme, et propose une progression thématique qui englobe d’abord les procédés « historiques » en remontant à l’Antiquité. Il décrit méthodiquement les procédés (mais derrière l’exhaustivité apparente, on sent bien que le sujet est malheureusement infini) et à chaque fois que c’est possible, il donne un exemple tiré de chroniques ou de l’actualité récente, voire d’extraits de romans.

En ce qui nous concerne, le chapitre sur l’Algérie a retenu notre attention. D’abord négativement : la (guerre d’) Algérie est la seule à être citée explicitement comme tête de chapitre, ce qui en dit long sur l’imprégnation des esprits quant au couple Algérie-torture. Puis positivement, quand l’auteur fait bien la différence entre la « sauvagerie » du FLN et la torture pratiquée dans le but d’obtenir du renseignement, sans éluder les cas de conscience et les abus. Mais pour être parfaitement impartial sans pour autant tout accepter, ce chapitre aurait gagné à citer la thèse de Raphaëlle Branche sur le sujet.

Par ailleurs, le titre est partiellement trompeur : il n’est question de torture d’état que dans une partie des chapitres. Par exemple, sauf à étendre la notion d’état aux mouvements révolutionnaires ou aux pirates, on trouve cités le Hezbollah, des sectes, des bizutages, des violences en milieu hospitalier, à côté des services secrets ou écoles d’entraînement à la contre-guérilla.

En revanche, l’ouvrage est intéressant quand il traite des aspects physiques et psychiques de la douleur et donc de la torture tant sur la victime que sur le tortionnaire, avec en toile de fond les expériences menées dans les années 60-70 pour découvrir le seuil d’acceptation de citoyens communs appelés à infliger des douleurs à autrui.

L’absence de bibliographie et de sources d’archives retire à cet ouvrage une grande partie de son intérêt. L’avertissement initial de ne pas le mettre entre les mains d’enfants ou de personnes « insanes », que la présentation méthodique des douleurs infligeables, peut malheureusement inspirer, nous semble vain car impossible à obtenir et par là ressemble davantage à un « parapluie ».

En résumé, cet ouvrage nous semble avoir autant de qualités que de défauts. Survolant trop le sujet, il est néanmoins une source de réflexion et nous semble inséparable dans sa lecture du livre de Michel Foucault : surveiller et punir.

Paul MALMASSARI

 

 

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